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Six enfants, leur père, et une maison qui se vide. Pendant 50 jours, l’Égypte a retenu son souffle.

Le 11 juillet 2025, dans un village de Minya, six enfants et leur père meurent l’un après l’autre. Rumeurs de méningite, suspicion sur la mère, analyses qui n’aboutissent pas… jusqu’à ce que la vérité éclate.

Tout commence dans la chaleur de Delga, un petit village du centre de Dermawas, dans la région de Minya, en Haute-Égypte. Un endroit tranquille, agricole, où tout le monde se connaît.
Un enfant tombe malade. Rien de grave, pense-t-on. L’été, les infections alimentaires sont fréquentes. La famille l’emmène à l’hôpital. Puis un deuxième enfant présente les mêmes symptômes. Puis un troisième.
En quelques heures, la vie de cette famille bascule.

Les premiers signes, personne n’y prête attention

Ahmed, 5 ans, vomit et a de la fièvre. Sa mère, Oum Hachem, pense à une intoxication passagère. Rien de grave, se dit-elle. L’été, les infections alimentaires sont fréquentes. Elle l’emmène à l’hôpital. Mais les médecins ne peuvent rien faire. Ahmed meurt.
À l’hôpital, les médecins sont perplexes. Les analyses de sang et d’urine ne montrent rien. Pas de bactérie, pas de virus connu.

Deux heures plus tard, deux autres enfants tombent

Omar, 7 ans, se plaint de nausées, de sueurs froides, d’une fatigue extrême. La famille le transporte à l’hôpital. Quelques minutes plus tard, Mohamed, 11 ans, présente les mêmes symptômes.
L’hôpital est débordé. Les médecins ne comprennent pas ce qui se passe.
Dans la même journée, Omar et Mohamed meurent à leur tour.

Les rumeurs commencent à circuler

À Delga, les gens chuchotent. Certains parlent d’une intoxication alimentaire collective. D’autres évoquent une malédiction. La peur s’installe doucement.
Reem, 10 ans, tombe malade. Elle est transportée à l’hôpital. Son état se dégrade rapidement. Elle meurt.
Les médecins émettent une première hypothèse : une méningite. Mais les analyses ne confirment rien. L’hôpital se rétracte. Il est trop tard : la rumeur de la méningite est déjà partie.

La panique s’installe

La nouvelle se répand dans tout le pays. Les chaînes d’info tournent en boucle. Les réseaux sociaux s’enflamment. On parle d’une épidémie de méningite qui tue les enfants. Les parents paniquent. Certains refusent d’envoyer leurs enfants à l’école.
Le père, Nasser, est effondré. Il passe ses jours et ses nuits à l’hôpital.
Le ministère de la Santé publie un démenti officiel : pas de méningite, pas de maladie contagieuse, pas d’épidémie. On inspecte l’eau, la nourriture, les maisons voisines. Rien. Tout est conforme. Le ministère insiste : le problème n’est pas médical. Il est criminel.

Rahma, 12 ans, puis Farha, 14 ans, qui parle à son oncle

Rahma, 12 ans, tombe malade à son tour. À l’hôpital, son état semble stable pendant quelques heures. La famille reprend espoir. Puis son état se dégrade brutalement. Rahma meurt.
La dernière enfant, Farha, 14 ans, résiste un peu plus longtemps. Elle est hospitalisée, mais elle est encore consciente. Elle parle à son oncle, Ali Mohamed.
Elle lui dit : “Nous avons tous mangé du pain soleil. Je suis la seule qui n’en a pas mangé beaucoup.”
Son oncle est glacé. Il comprend que ce pain est au cœur du drame.
Farha meurt environ dix jours après ses frères et sœurs. Six enfants. Tous morts.

Le père s’éteint à son tour

Nasser, le père, est toujours à l’hôpital. Il veille sur ses enfants depuis le début. Il est épuisé, malade lui-même. Son cœur lâche. Il meurt.
Sept morts. Toute la famille a disparu.
Oum Hachem, la mère biologique, qui avait quitté le foyer des années plus tôt, est la seule survivante. Mais elle a tout perdu.

La mère biologique accusée à tort

Très vite, les regards se tournent vers Oum Hachem. Elle était en conflit avec son ex-mari. Beaucoup pensent qu’elle s’est vengée.

Oum Hachem
Oum Hachem


Elle est arrêtée, interrogée pendant des heures. Son état psychologique est si fragile qu’elle est placée dans un hôpital psychiatrique.
Pendant tout ce temps, Hagar, la seconde épouse de Nasser, reste au chevet des enfants à l’hôpital. Elle pleure avec les voisins. Elle assiste aux enterrements. Elle semble anéantie.

L’enquête piétine, puis les autopsies parlent

Pendant des semaines, l’enquête n’avance pas. Les analyses de routine ne montrent rien. Le parquet de Minya ordonne l’exhumation des corps.
Cette fois, on utilise des appareils de détection avancés. Les résultats tombent : les enfants et le père ont absorbé un insecticide puissant, sans antidote, utilisé dans l’agriculture.
Une dose de 0,5 gramme suffit à tuer un adulte. Le poison ne se détruit pas à la cuisson. Il bloque la production d’énergie des cellules. Les organes lâchent un à un.
Maintenant, on sait comment. Reste à savoir qui.

L’oncle craque à la télévision

Le 25 août 2025, Ali Mohamed, l’oncle maternel, accepte de parler sur Al Arabiya. Il a vu ses neveux mourir un à un. Il a accompagné les cercueils. Il n’en peut plus.
Il regarde la caméra et dit : « Elle a mis le poison dans la nourriture. »
Il ne nomme personne. Mais tout le monde comprend. Il parle de Hagar, la belle-mère.

Les investigations mènent à Hagar

Les enquêteurs découvrent que deux jours avant le drame, Hagar a testé le poison sur le plus jeune enfant. L’enfant est tombé malade, mais a survécu. Pour elle, c’était un essai concluant.
Le 11 juillet, elle a préparé du pain. Elle l’a empoisonné avec l’insecticide. Elle l’a apporté à Oum Hachem.

Oum Hachem n’a pas mangé le pain – elle se méfiait de sa rivale, elle pensait à de la sorcellerie. Mais elle l’a servi aux enfants.
Les enfants ont mangé. Ils ont trouvé le goût étrange. Moins d’une heure après, les symptômes sont apparus.
Hagar a continué à vivre normalement après le drame. Mais les perquisitions chez elle révèlent la vérité : les ustensiles utilisés pour pétrir le pain portent des traces du même poison.

Les aveux : « Je ne voulais pas les tuer »

Hagar avoue. Nasser avait décidé de reprendre Oum Hachem. Hagar a eu peur d’être abandonnée. Elle a voulu « rendre malade » la mère biologique pour l’éloigner.
Elle dit : « Je ne voulais pas les tuer, juste les rendre malades. » Mais la dose qu’elle a utilisée était forcément mortelle. Elle le savait.

La condamnation à mort

Le procès s’ouvre en octobre 2025. Hagar comparaît avec son bébé de deux semaines dans les bras. Le tribunal lui permet de s’asseoir hors du box des accusés, par compassion.

Hagar


En novembre 2025, la cour criminelle de Minya condamne Hagar à mort par pendaison.
Les habitants de Delga applaudissent. « La justice a fait son travail », disent-ils.

Delga aujourd’hui

Aujourd’hui, Delga a retrouvé son calme. Les enfants jouent dans les rues. Les femmes étendent leur linge.
Mais la maison de Nasser est vide. Les six enfants et leur père reposent dans le petit cimetière. Personne ne vient plus s’y recueillir.
Oum Hachem, la mère biologique, celle qui avait été arrêtée à tort, celle qui a tout perdu, vit quelque part en Égypte. Elle pleure seule ce qu’elle n’a pas pu sauver.
Hagar, elle, est en prison, condamnée à mort. Mais en prison ou pas, sa haine a tout détruit.
Car c’est ça, le vrai moteur de cette histoire : la jalousie. Hagar n’a pas supporté que Nasser revive avec sa première femme. Elle voyait Oum Hachem comme une menace, une rivale qui allait lui reprendre sa place. Elle avait peur d’être abandonnée, peur de tout perdre. Alors elle a choisi de tout détruire plutôt que de partager.
Cette histoire rappelle que parfois, le danger ne vient pas de l’extérieur. Il s’assoit à table. Et il tue par haine.

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