Le jeudi 30 avril 2026, Casablanca s’est réveillée sur une scène d’horreur. À Darb Nejma, dans le quartier de Hay Hassani, Khadija, une mère de 77 ans, a été retrouvée sans vie. Derrière cet acte barbare se cache Khalid, son fils de 43 ans, qui a orchestré un retour familial de façade pour accomplir une vengeance qu’il ruminait depuis des décennies.
Un passé de violence et une fuite désespérée
Khalid n’en était pas à son premier coup d’éclat. Depuis ses 16 ans, sa vie n’était qu’une succession de séjours en prison pour drogue et violences. À Hay Mohammadi, où la famille vivait auparavant, il était une source de terreur constante.
Il y a deux ans et demi, après qu’il a tenté de mettre le feu à la maison et menacé sa mère avec deux grands couteaux, Saber (son frère de mère) et Khadija ont pris une décision radicale : fuir. Ils se sont installés en cachette à Hay Hassani, gardant leur nouvelle adresse secrète pour se protéger de lui.
Le cheval de Troie : Le faux repentir
Le 28 avril, Khalid réapparaît par téléphone. Il appelle Saber en pleurs, jurant qu’il va se suicider. Il joue le rôle du fils repenti, affirmant vouloir prier et changer de vie. Saber se laisse attendrir et convainc Khadija de l’accueillir.
Khalid arrive alors métamorphosé : il porte un costume élégant et des chaussures cirées. Mais dès son entrée, le malaise s’installe. Saber raconte que sa mère ne dormait plus, son visage était marqué par l’angoisse. Khalid, lui, passait ses nuits debout à faire des mouvements suspects dans l’appartement, comme s’il attendait son heure.
26 minutes pour commettre l’irréparable
Le jeudi matin, Khalid prépare son terrain. À 6h00, il réveille tout le monde pour aller chercher le petit-déjeuner. C’est une diversion pour surveiller le départ de Saber.
- 07h38 : Saber quitte l’appartement pour son travail dans une clinique.
- 08h04 : Saber, pris d’un pressentiment, appelle sa mère. Pas de réponse. Il appelle Khalid qui lui répond avec une froideur glaciale : « Je suis parti, je ne reviendrai plus. » Saber insiste : « Tu l’as frappée ? ». Khalid raccroche et éteint son téléphone.

Une haine pour un héritage “fantôme”
Saber abandonne son poste et fonce chez lui. Dans la chambre, il découvre le corps. Khalid a utilisé une méthode d’une cruauté inouïe : il l’a étranglée avec des sacs plastiques et des morceaux de tissu, lui brisant les vertèbres cervicales dans l’acharnement.
Pourquoi une telle fureur ? Khalid était obsédé par l’argent. Il reprochait à sa mère d’avoir vendu une villa à Aïn Sebaâ et deux commerces de boucherie hérités de son premier mari (le père de Khalid). Cette transaction remontait à plus de quarante ans. Khalid s’était convaincu qu’à cause de cette vente, sa mère avait brisé sa vie. Dans son esprit, il n’aurait jamais dû être un petit travailleur du marché ou un détenu, mais un riche héritier gérant ses commerces et sa villa. Il voyait ces biens comme le paradis qu’on lui avait volé.
Cette obsession était nourrie par une jalousie maladive envers Saber. Khalid ne supportait pas de voir son demi-frère réussir là où lui avait échoué : Saber était l’homme droit, celui qui travaillait, qui protégeait leur mère et qui recevait tout son amour. Khalid voyait dans cette complicité une preuve qu’il était le “sacrifié” de la famille. En tuant Khadija, il a voulu détruire ce que Saber avait de plus cher au monde.
Le choc d’un fils brisé
Khalid a été interpellé quelques heures plus tard dans son ancien quartier de Hay Mohammadi. Khadija a été enterrée dès le lendemain, après la prière d’Al Asr, dans une atmosphère de lourde tristesse.
Aujourd’hui, Saber réclame la peine maximale pour son frère. Mais au-delà de la procédure judiciaire, il vit un calvaire personnel. Sous le choc, il explique qu’il n’arrive même plus à pleurer : le traumatisme d’avoir découvert le corps de sa mère dans cet état a littéralement “bloqué” ses émotions. Pour lui, le deuil semble impossible tant que les images de cette matinée tragique hantent ses pensées.
C’est vrai que quand on regarde cette histoire, ce qui fait le plus mal, ce n’est pas seulement l’acte en lui-même. C’est de voir comment un homme peut transformer une main tendue en piège mortel. Lalla Khadija est partie en ayant essayé, une toute dernière fois, d’être une mère pour un fils qui ne voyait en elle qu’un compte à régler.
Aujourd’hui, il reste un appartement vide à Hay Hassani et un fils, Saber, qui doit vivre avec des images qu’aucun être humain ne devrait avoir en tête. Ça nous rappelle brutalement que, parfois, malgré tout l’amour et la patience du monde, on ne peut pas sauver quelqu’un qui a laissé la haine prendre toute la place. La justice fera son travail, mais pour cette famille, le silence qui s’installe maintenant est sans doute la peine la plus lourde à porter.